Chassez le talent, il revient au galop ! Oui, mais…

03 Nov Chassez le talent, il revient au galop ! Oui, mais…

Nous avons tous déjà entendu ce proverbe : « Chassez le naturel, il revient au galop ». Hé bien, il en va de même pour nos talents. À quoi reconnaissons-nous un talent ? Au fait qu’il est inné, reproductible à l’envi, qu’il nous procure inépuisablement de l’énergie, qu’il nous semble facile à (ré-)exercer et qu’il arrive que notre entourage nous le reconnaisse. Oui, mais alors, me direz-vous, pourquoi nous en désintéresser à ce point ?

Il nous faut en effet avouer qu’il ne fait pas partie des priorités de notre éducation, que ce soit à la maison ou à l’école, voire encore moins de notre formation au travail. Pourquoi tourner le dos ou ignorer à ce point cette ressource inépuisable, que sont nos talents ? Pourquoi donner la priorité au développement de compétences qui ne nous sont pas innées ? Talents et compétences : ni les efforts, ni les effets ne sont les mêmes.

Une des premières raisons de cette priorité aux compétences pourrait paradoxalement être la course à la méritocratie. Qui dit méritocratie, dit e.a. efforts à fournir sous l’égide d’une autorité extérieure que sont précisément nos parents, professeurs ou dirigeants. Une personne qui a du talent aurait tendance à ne pas se soumettre à une autorité extérieure. Pour la simple raison qu’elle n’en a pas ou qu’elle en a moins besoin. Première raison donc : agir ou apprendre avec nos talents nécessite moins le recours à des autorités extérieures, pour qu’ils puissent se déployer. Mieux même, l’exercice de nos talents éveille, révèle ou renforce notre propre autorité intérieure. Vu sous cet angle, la première raison aurait à voir avec l’exercice du pouvoir sur autrui : celui-ci s’exercerait plus facilement via le développement de compétences -non naturelles ou innées- par des personnes que nous chercherions, plutôt par intérêt personnel, à dominer ! L’exercice du pouvoir serait donc plus difficile avec des gens qui exercent leurs talents. Ceci me fait dire que, même si l’Occident s’est défait de ses colonies, il a gardé dans son éducation et son exercice du pouvoir des réflexes profondément colonialistes.

Si le talent échappe au pouvoir d’autrui sur nous, il peut s’avérer aussi plus difficile à maîtriser par nous-même. En effet, à cause de notre talent, nous pourrions pêcher par défaut ou par excès. Croire que c’est facile et ne pas s’investir suffisamment dans la pratique de notre talent est un écueil. L’autre écueil est son exercice abusif ou excessif, au point de saturer ou même de dégoûter notre entourage: trop -de talent- is teveel ! Le talent se comporte ici comme un cheval fou, tandis que la compétence est, elle, tellement plus docile ! Ce serait une deuxième raison de moins connaître et exercer nos talents.

Une troisième raison est que nos talents constituent une signature unique. Nos talents ou plus précisément la combinaison de ceux-ci nous démarquent des autres. Ils font de nous des gens à part, ils nous permettent –dans certains contextes– d’occuper une place que nul autre ne pourrait occuper aussi bien ou aussi facilement que nous. Or, sortir du lot ou de la masse peut s’avérer difficile ou plus périlleux à assumer. N’entendons-nous pas parfois le proverbe « vivons bien, vivons cachés » ?

C’est le résultat de ces premières trois raisons qui est le plus affligeant, à savoir le gaspillage de nos talents. À une époque où les débats autour de la croissance et de la rareté des ressources font rage, nous disposons, là avec nos talents, de ressources personnelles inépuisables, affichant une balance d’énergie personnelle positive, motivantes, plus faciles à développer et plus rapidement performantes. Les conséquences de l’exercice de nos talents sont incommensurablement plus avantageuses que le développement–plus laborieux– de nos compétences. L’exercice de nos talents nous démarquent, tandis que le développement de nos compétences risque plutôt de nous formater et de nous uniformiser. À chacun de choisir… en conscience.

 

Philippe de Biolley, coach catalyseur en développement relationnel durable


Juriste, économiste et business administration.
Administrateur indépendant

Pour occuper sa place et offrir le meilleur de soi

http://philippe-debiolley.be

+32 (0) 477 233 125

Skype : Philippe-deBiolley

No Comments

Sorry, the comment form is closed at this time.

Share This