Le bonjour de Charles Darwin – La petite histoire des modèles (épisode 4)

27 Mar Le bonjour de Charles Darwin – La petite histoire des modèles (épisode 4)

Dans le précédent post sur « la petite histoire des modèles », nous avons vu le retour de notre petit crocodile, notre cerveau reptilien.

Le cerveau reptilien est ainsi dénommé car il est la base cérébrale commune à toutes les espèces dotées d’une matière neuronale et donc aussi à tous les reptiles. J’ai ainsi voulu pousser mes investigations sur un nouveau territoire, celui du règne animal. Sur base du modèle des biotypes qui est une des bases du modèle TAM, notre personnalité est observable à partir de l’activité de la zone reptilienne du cerveau. Alors, logiquement, il doit en être de même pour d’autres espèces disposant également de cette zone cérébrale.

C’est ainsi que j’ai décidé d’observer mon troupeau d’une petite dizaine de moutons dans le champ derrière chez moi. Le champ étant situé en contrebas, je disposais d’une vue aérienne et d’ensemble sur le troupeau. J’y ai passé plusieurs centaines d’heures, le matin, le soir, quand je sortais fumer une cigarette, en été, en hiver, quand il pleuvait, quand il ventait, quand le soleil tapait,… . J’ai passé un temps considérable à prendre les mesures de toute une série de comportements observables et à les reporter soigneusement dans un carnet.

Mon attention s’est plus particulièrement portée sur trois individus, que j’avais préalablement sélectionnés pour leurs différences de comportements. Il s’agissait du mâle dominant, qu’à la maison nous appelions « Le Gros », d’une brebis que nous appelions « Marcelline » et d’une dernière prénommée « Huguette ».

Pour rappel, du point de vue des neurosciences et des observations réalisées par les équipes de Jacques Fradin, le cerveau reptilien (directement lié à la vie et à la survie de l’individu), aussi appelé le petit crocodile dans une certaine littérature, dispose de quatre états. On lui reconnait trois états sous stress. Ainsi quand un animal se trouve face à un danger, il choisira entre trois stratégies :

  1. L’inhibition de l’action (se cacher, ne plus bouger, faire le mort)
  2. La lutte (se battre, se défendre, faire le fort)
  3. La fuite (s’échapper, courir plus vite que l’autre, faire le lâche)

On reconnait au reptilien également un quatrième et dernier état qui, quant à lui, n’est observable qu’en dehors de tout stress. Il a été appelé l’état d’activation de l’action dans le modèle des Biotypes. Pour rappel, cet état se marque par une absence d’activité cérébrale au niveau du cerveau reptilien. Dans ce cas, l’animal vaque tranquillement à ses occupations.

J’ai donc observé d’abord mes moutons quand ils étaient soumis à un stress, par exemple, lorsqu’un inconnu rentrait dans le champ. Cette situation se présentait couramment. Un chemin de randonnée traverse ce champ de part-en-part. Il est fréquenté par quelques dizaines de promeneurs chaque jour. A de telles occasions, je pouvais alors observer les réactions suivantes :

Le Gros commençait par venir à la rencontre du danger et s’apprêtait systématiquement à charger (sa réaction première en cas de stress était donc la lutte). A tel point qu’on a dû s’en séparer pour la sécurité des enfants, mais aussi des randonneurs qui traversaient quotidiennement le champ.

Huguette, quant à elle, commençait par se figer, essayait de se cacher derrière les autres brebis, ou derrière son abri (sa réaction première en cas de stress était donc l’inhibition de l’action).

Enfin, Marcelline courait de façon à mettre le plus de distance entre elle et le danger (sa réaction première en cas de stress était donc la fuite).

Ces réactions étaient également observables entre eux. Quand Le Gros avait un coup de sang, il mettait deux-trois coups de cornes à Huguette qui tout de suite se soumettait à ses coups, ce qui avait le don de calmer notre Gros. Mais lorsqu’il voulait s’en prendre à Marcelline, il était parti pour une longue course à essayer de l’attraper et finissait lui-même par s’épuiser. Ce qui avait là aussi le don de le calmer. Quand c’était au tour d’Huguette de s’en prendre à Marcelline. La réaction de Marcelline était identique. À peine Huguette avait assené son premier coup de corne qu’elle pouvait commencer à courir et encore courir, elle ne rattraperait plus Marcelline. Par contre, il était rare que quiconque ose défier Le Gros et jamais Marcelline n’a porté le premier coup de cornes.

Pour ceux qui s’étonneraient des cornes chez les brebis, il faut savoir que la race de mouton observée est une race rustique dont une des caractéristiques est la présence de cornes chez les brebis.

Quant au quatrième état, celui que l’on peut observer en dehors de tout stress, à savoir l’activation de l’action, il aurait dû se résumer aux instants où tout le troupeau broute tranquillement l’herbe, se repose, se couche pour se faire dorer la laine sous les rayons du soleil. Il aurait dû, mais en réalité, en y regardant de près, cet état d’activation de l’action était bien différent pour chacun.

Ainsi en activation de l’action :

Le Gros ne pouvait pas s’empêcher de faire son fier avec son abondante crinière. Il n’aurait pas fait un pas de côté pour éviter un autre membre du troupeau, c’était à eux de se bouger là où il passait.

Huguette, quant à elle, prenait bien soin de passer sa vie à l’abri, elle passait la plupart de son temps au cœur du troupeau. Elle était aussi la seule qui ne pouvait s’empêcher de se mêler aux petites rixes entre les autres brebis. Il suffisait que deux d’entre elles se croisent les cornes, pour que d’autorité elle intervienne et les sépare. C’était systématique. C’était également la plus dodue du troupeau. Comme si cette carapace de graisse lui permettait de mieux absorber les coups du Gros et les escarmouches des autres membres du troupeau.

Enfin Marcelline, quant à elle, préférait vivre à distance des autres. Il était rare de la voir se mêler au troupeau. Je dirais qu’elle restait à une distance confortable des autres. Elle était clairement la plus fine et celle dont la laine et les poils étaient les plus ternes.

Si on ne prend pas le temps d’une bonne observation, on pourrait croire que dans un troupeau, il y a le mâle dominant et puis tous les autres. C’est faux ! En réalité, dans mon troupeau tant Huguette que Marceline avait également un rôle central. Ainsi, si Huguette veillait naturellement à la bonne entente des autres en s’interposant et en séparant systématiquement les protagonistes lors des petites rixes, ce dont le Gros ne se souciait absolument pas, Marcelline avait, elle aussi, un rôle.

Vers la fin de l’été, alors que l’herbe commence à se faire rare dans le champ, les herbes fraîches du pré de mon voisin sont une source de tentation absolue pour le troupeau. Le Gros commence alors à se mesurer à ma clôture en espérant la faire céder. Marcelline quant à elle cherche les failles et les opportunités. Et s’il existe une faille, vous pouvez être certain que c’est elle qui va la trouver. Une fois la faille repérée, l’opportunité se fait belle et elle s’échappe, montrant ainsi la voie au reste du troupeau. C’est généralement le Gros qui vient en deuxième prenant quant à lui bien soin d’élargir le passage à grand coup d’encolure. Je me retrouve alors avec tout le troupeau dans le pré de mon voisin. Tout le troupeau ? Non ! Jamais Huguette n’est sortie de notre champ. Malgré le fait que le Gros ait pris soin d’élargir le passage, de telle sorte qu’un gros goret puisse y passer. Jamais Huguette ne s’est risquée en dehors du champ. Mieux, elle se positionne dans ces cas-là au beau milieu du champ et commence à bêler à tue-tête, comme si elle les rappelait à l’ordre.

Ainsi, quand les moutons finissent par rentrer de leur propre chef ou avec l’aide de mon bâton, Huguette les accueille en continuant de leur hurler dessus. Et dans ces circonstances, même le Gros n’a jamais fait son fier. Il se prend la réprimande, avec une Huguette qui ose dans ces circonstances s’approcher de son oreille et y bêler de plus belle, sans qu’il ne tente ou n’ose y mettre fin.

En résumé, si nous regardons souvent un troupeau en n’en voyant ressortir que le mâle dominant, nous nous trompons. Dans notre troupeau, chacun.e y a son rôle et en assume l’autorité avec un vrai leadership. Ainsi dans le modèle TAM :

  • Huguette serait E et plus que probablement ER et je miserais sur elle s’il y avait un enjeu à faire équipe, à la jouer collectif.
  • Le gros serait R et plus que probablement RR et je miserais sur lui s’il fallait conduire le troupeau ou affronter un danger.
  • Marcelline serait I et je miserais sur elle s’il y avait de nouvelles solutions à trouver face à un problème.

In fine, l’observation de ce troupeau aura fini de me convaincre qu’il existe bien plus qu’un état d’activation de l’action. Et ainsi, comme déjà expliqué, ces observations confirment et valident la corrélation entre les trois catégories de comportements adoptés en situation de stress et de non stress.  Et pour me répéter,

  • L’inhibition de l’action donne des comportements de types E en absence de stress
  • La lutte donne des comportements de type R en absence de stress
  • La fuite donne des comportements de Type I en absence de stress

Ce qui est vrai pour le monde animal est vrai pour les êtres humains.

Aujourd’hui cette observation réalisée sur ce troupeau de moutons m’amène bien plus loin que l’intention de départ. Cette intention qui visait à soutenir des individus pour qu’ils aillent jusqu’au bout de leurs projets.  Cette dernière observation m’amène tout simplement à croire  que l’homme est bien plus que le résultat de la seule évolution physiologique des espèces, comme l’a démontré Darwin. L’homme est aussi le résultat de l’évolution psycho-comportementale des espèces. Notre personnalité n’est en réalité que l’évolution des personnalités observables dans le règne animal. Bien entendu, nos personnalités sont réputées plus intelligentes, plus savantes, plus conscientes, mais il n’en reste pas moins vrai qu’il y a plus de similarité entre les bases de ma personnalité et l’une ou l’autre de mes brebis qu’entre moi et bon nombre de mes semblables. Et ceci vaut pour chacun d’entre nous. A une époque où quand on parle du virus, on parle d’écologie et de préservation de la planète, il me semble important que l’Humanité entende cela.

Cette dernière observation laisse un constat qu’il me semble bien important de méditer.

Voilà, je vous propose maintenant de passer au post suivant sur ce que nous pouvons faire concrètement avec tout cela. Pour cela, cliquer ICI.

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